NIALA-LA-FETE!"Cette joie qui prend le coeur devant les images de Niala, ce plaisir abondant devant le foisonnement des couleurs et les jaillissements des lignes, ce bonheur-ci n'engage guère, vraiment, à méditer sur les formes et leurs significations! On aurait plutôt envie de danser à l'unisson de cette allégresse.Oui, c'est une peinture qui donne du bonheur. On voit tout de suite que c'est de l'image en bonne santé: des verts, des bleus, des rouges bien francs dans leurs nuances, des tons bien chantants et chacun monté au plus vigoureux dans sa partie. Rien d'anémique ni de timide: ça claque!De même les formes s'affirment sans ambiguïté, nettement cernées d'un chatiron. Les courbes sont un peu grasses, ou plutôt rebondies, solides, quelque chose de terrien à l’aise, de paysan sanguin. Aucune mièvrerie ni afféterie: elles sont heureuses, les formes!Même les figures géométriques, car il y en a aussi, s'arrangent pour être parcourues de frémissements grâce à un dégradé de la couleur ou à un imperceptible tremblement de la ligne droite. Jusqu'aux triangles, ces monstres d'agressivité, qui n'arrivent pas chez Niala à paraître anguleux: ils se répètent, riment, virevoltent, se transforment en rythmes de guirlandes à l'instar des frises qui animent musicalement les façades du roman saintongeais.Nette et franche dans son allure; cette peinture se veut lisible: elle représente du reconnaissable.Pourtant rien de photographique. Ni vraiment des portraits, ni vraiment du paysage, ni même des scènes de genre - mais tout cela à la fois: ce sont des compositions fantastiques. Un arbre porte un coq et des amoureux enlacés autour d'un village hissé comme un nid au-dessus de la forêt du monde. Et tout ça, disproportionné de tailles et chimérique de couleurs.Cependant, attention: il ne s'agit pas d'un bric-à-brac fortuit, délirant et gratuit; ces éléments assemblés organisent manifestement des significations, reflètent des forces, témoignent de notre monde - à la façon qu'on les mythes d'élucider notre réalité.Par exemple, la métamorphose. Il s'agit là d'un thème privilégié chez Niala. La manche d'un habit devient une cité; le moindre feuillage recèle de belles endormies; ce qu'on prend ici pour une pomme est le nez d'un clown égaré dans le verger. Mille sujets jaillissent ainsi du sujet; se recoupent, s'ajoutent, s'approfondissent, s'interpénètrent, se transforment. On en découvre dans tous les coins, sous le moindre rameau. Ca s'invente, ça se bouge, ça grouille, ça change. Les buissons prennent des gestes de viscères, un arbre s'offre des yeux par la grâce d'un oiseau. Tous les règnes se confondent. On l'aura compris: c'est la vie, souverain, multiforme, qui canalise et arrange toutes ces métamorphoses. La vie!Les personnages se présentent tous de pleine face. Ils n'ont rien à cacher et surtout pas la surprise ou la satisfaction qu'ils ont de vous voir les regarder. Ils montrent volontiers cette jubilation recueillie qu'on prête aux santons de la crèche, et comme eux, ils ont des sentiments simples. En dépit de leur frontalité, ils ne se prennent ni pour des juges, ni pour des dieux.Bien trop extrovertis pour vous contempler de haut, ces personnages sont en général de braves types qui ne doivent guère connaître d'insomnies, on les devine bons-vivants, bien-nourris. Si bien nourris qu'ils sont alimentés de paysages, qu'ils s'habillent de maisons et mettent des bourgades sur leurs épaules, portant ainsi sur leurs corps le reflet de leur âme heureuse d'exister.Ainsi la nature, les paysages expriment les personnages et en même temps les engloutissent: les sèves de la forêt irriguent les hommes d'un même mouvement que les végétaux. C'est une nature singulièrement prolixe: elle va jusqu'à couvrir le ciel, envahit tout l'espace du tableau, bouscule le cadre: des tas d'existences botaniques se déploient à leur guise, et leur guise est volontiers animale.Comment se fait-il que ce monde si plein, si grouillant de vies ne donne jamais l'impression d'étouffement, d'oppression, de renfermé? Ce n'est pas aérien et pourtant on y respire à l'aise. On y est comme dans une fête, bousculé et heureux de l'être, en communion de plaisir. Et ici, quel plaisir sinon celui de vivre?Dans les paysages, il faut faire une place à part aux gouaches et huiles inspirées par les voyages en Espagne, d'apparence plus conventionnelle. Loin de la fantaisie? A y regarder de près, on s'aperçoit que tout cela est brossé en rythmes fort concertés, simplifiés, abstraits. ce sont moins des paysages que des climats, des sortes de synthèses de chaque région ibérique. Niala n'a pas représenté ce qu'il voyait: il a dessiné ce qu'il savait.Dans certains toiles, le cadre, peint ou construit, fait partie intégrante de la composition. Les miniaturistes de haute époque affectionnaient ce procédé. Chez Niala, cela souligne combien le tableau est objet indépendant, un espace autonome dont l'existence s'organise seulement autour de sa propre composition. ici, la peinture ne tente pas de reproduire la réalité, d'imiter une tranche du monde. Elle matérialisé la vision personnelle de l'artiste, son invention, les forces secrètes qui l'habitent: c'est un acte lyrique!Cette vision est résolument optimiste, loin des modes panique contemporaines, du méchant, du désespéré où il est facile de se complaire! Chez Niala, la confiance chante haut. Titre significatif de l'une de ses oeuvres: L'Automne fait pousser le Printemps. Le végétal embrasse l'humain qui caresse l'animal: tous les règnes apprivoisés s'aiment sans sauvagerie. Une puissante harmonie monte et circule, qui met en communion ces variétés d'êtres, de formes, de couleurs. Une danse d'accordailles!Quand on regarde les oeuvres de Niala exposées côte à côte, on comprend bien ce qu'on appelle un style, si souvent confondu de nos jours avec les petits trucages de la peinture.Chez Niala, il y a une invention continuelle; aucune composition ne se retrouve d'une image à l'autre, ni l'ordre des couleurs, ni bien sûr, les sujets. Rien n'est moins répétitif. Et pourtant on voit bien tout de suite qu'il s'agit de la même main, d'une sensibilité unique et originale. Cette sensibilité, on peut s'amuser à la classer à côté de noms célèbres dans une tendance quelconque (baroquisme? panthéisme? fantastique?) sans pour autant pouvoir réduire Niala à une seule catégorie. pardi! ses formes, sa palette, son espace fortement rythmé échappent aux classifications sommaires; mais si variée soit-elle, son imagerie est animée par un esprit bien identifiable. On ne s'y trompe pas. C'est du Niala le style Niala. A n'en pas douter, on voudra l'imiter. Cuisiniers, à vos pinceaux!A vos pinceaux pour vous apercevoir que ce style, il y a bien des chances qu'il reste inimitable, précisément: rien de moins trafiqué que sa pâte, ses couleurs, sa touche. pas de recette, aucun tour de main! Rien que de la peinture propre, simple, sans artifice.On comprendra alors ce qui fait le style de Niala: non des trucs de métier mais une inspiration de poète, irréductible.Eh oui!, "le style c'est l'homme", là aussi, comme toujours. Au-delà de son métier et de son talent, le style de Niala, c'est Niala lui-même, tout simplement: l'homme qu'on devine, sa sincérité, l'être qu'il est, le coeur optimiste, les appétits, effusions, cet allant et aussi, surtout, la réflexion qu'il conduit en images, à sa façon de peindre, le pinceau à la main pour mettre à jour la fête de vivre. Niala-la-fête!"
"Niala et une étrange composition "Le jardin zoologique" où fourmillent de nombreux sujets dans une facture très libre et haute en couleurs; avec une rare élégance tant dans la ligne que dans la palette" ...
Maisons... L'étendue, disait-on. Vaste, obligatoirement. On le regardait par la fenêtre. Il fuyait. Ses ciels étaient inatteignables. Pourtant l'espace, ce n'était pas ce que l'on croyait. Le contraire du vide. Une quantité de maisons l'occupent. Maison de la baleine dans la mer-maison. Et l'arbre aussi maison. Et maison la fleur. Maison l'oiseau pour l'oiseau. Maisons les pierres avec leurs yeux. Si on les regarde on voit bien qu'elles nous regardent. Si la baleine a craché dans les eaux son Jonas, toute maison contient le sien. Avec ses yeux.Mais est-il vrai qu'elles ne nous connaissent plus? Ne serait-ce pas nous qui ne les reconnaissons qu'à peine? Tout est regard à qui regarde. Par les plumes du paon l'univers a cent yeux. Il veut que je le regarde dans les yeux. Dans ses demeures il installe sa patience, son histoire, sa géographie, sa géomancie, sa demeurance. de l'Egypte au Mexique les dieux occupent des maisons parentes. Il suffirait de les habiter pour qu'elles nous comprennent. Nous cesserions peut-être alors d'être une énigme pour les dieux.Niala a les clés de ces maisons.
Pour un usage gracieux du soleil levant chauffé rouge au coin du coeur convoque tes veines et ne renonce pas au bleu parfois qu’elles prennent pour engrosser la terre de grands jardins à vivre heureux sur l’ortie qu’un vieux mur mord comme un poing absolu